Les 10 ingrédients d’une bonne théorie du complot

Le succès du film documentaire Hold-Up interpelle. Il prétend révéler que la pandémie du coronavirus est une invention des individus les plus riches de la planète pour éliminer la partie la plus pauvre de l’humanité et dominer le monde. Il laisse invite à penser que la politique sanitaire est un braquage des riches contre les pauvres, une arnaque – présentée justement comme le « casse du siècle » (c’est le sens du titre).

Le documentaire a fait l’objet d’une controverse dans les médias. Ce documentaire a été très largement visionné et de nombreux français y puisent des arguments pour justifier leur hostilité vis-à-vis de la politique sanitaire du gouvernement, qu’ils identifient à une « mascarade » (comprendre masque-à-rade).

Dans ce contexte, il n’est pas inintéressant de regarder (ou de re-regarder) le court-métrage réalisé par des élèves d’un lycée de Bondy en 2016, qui constitue sans doute la meilleure réponse au « gloubiboulgra complotiste » pour reprendre les mots du journaliste Samuel Gontier, qui a re-diffusé cette vidéo récemment.

Ce court métrage a été réalisé en 2016 par une classe de seconde du lycée Madeleine Vionnet à Bondy (Seine-Saint-Denis). Il est structuré en deux parties.
Le film commence en « Egypte ancienne, en 2 000 avant Jésus-Christ », date de la « plus ancienne mention de l’existence des chats ». Une voix mystérieuse, avec une musique de fond inquiétante, interpelle directement le spectateur en lui demandant pourquoi il y a tant de mystères autour de ces félins (« immédiatement considérés comme des dieux » dans l’Egypte antique). La voix affirme alors que la vidéo qui suit va remettre en cause ce que tout le monde pensait savoir sur les chats et l’écran affiche le titre du film :

Après 4 minutes 30 de démonstrations hasardeuses mais persuasives, une nouvelle voix, non plus masculine mais féminine, interpelle le spectateur : « si vous pensez que vous venez de voir une vidéo conspirationniste, attendez de voir ce qui suit ». La deuxième partie de la vidéo nous apprend comment les élèves ont fabriqué ce court métrage, après avoir fait de nombreuses recherches sur le complotisme, qui leur ont permis d’identifier 10 ingrédients pour monter une bonne théorie du complot.

Les 10 ingrédients d’une théorie du complot

Une voie sérieuse qui fait peur et qui s’adresse directement au spectateur…

Une bonne structure…

Le film a commence ainsi avec une introduction historique pour paraître crédible d’entrée de jeu et se finit sur une révélation qui donne du suspense, comme nous le dit la voix en deuxième partie de film.

Une musique effrayante…

L’ambiance est toute différente selon qu’il y a une musique de film d’horreur et une musique techno !

Des citations bien choisies exposés très rapidement sous forme de flash, des phrases courtes et « chocs », qui ne laissent pas au spectateur de réfléchir et de digérer les informations qu’il reçoit.

Des images bizarres, monstrueuses…

Des images de chats bizarres dans le film

Des éléments véridiques…

La popularité des chats sur internet en l’occurence, et les malformations physique de certains chats, qui sont invoquées, photos à l’appui, mais sans précision (les malformations ne sont pas présentées comme telles mais comme le signe d’une monstruosité cachée).

Des éléments incertains et des choses invérifiables…

Des hypothèses scientifiques non résolues par exemple, des choses qui constituent toujours une énigme pour la science, ou alors des faits divers déformés sur internet.

Des vrais mensonges…

C’est-à-dire des vraies informations mais accompagnées de fausses images; dans le cas de la vidéo, la plus ancienne représentation iconographique de chat date effectivement des environs de 2000 av. n. è. et a bien été réalisée en Egypte, mais des traces plus anciennes ont été retrouvées à Chypre : des restes de chats préservés dans une tombe vieille de 9 500 ans.

Un bon montage…

L’assemblage des images, la structure des éléments dans un document (quelqu’il soit) influence l’interprétation de celui qui le regarde. C’est pour cela qu’il est très important de toujours décomposer les éléments d’un document pour l’analyser et le critiquer correctement (la décomposition est à l’origine du mot analyse, c’est la signification du mot grec analusis). Selon la position d’un élément (une intervention, un objet, une phrase), cet élément sera interprété différemment par l’observateur; l’interprétation est toujours orientée par la structure du récit, la forme prenant même, parfois, le pas sur le fond – hélas !

Et pour finir… de bons effets spéciaux !

Parfois, comme le dit la voix off pour conclure « un bon morphisme vaut mieux qu’un bon discours » – le terme morphisme désignant la fusion de deux ensembles (de deux corps par exemples) sans induire de changement de forme (synonyme de mutation mais avec l’idée d’un processus graphique et physique).

Bonus : la réponse d’un youtubeur à Hold-Up

Dans cette vidéo, le youtubeur Vincent Verzat, auteur de la chaîne « Partager c’est sympa » décrypte le documentaire Hold Up : il montre en quoi, pourquoi et comment ce documentaire nous manipule. Il analyse les arguments développés et les preuves invoquées par les personnes qui interviennent dans le film qui fait controverse. Pour ce youtubeur soucieux de proposer des solutions et désireux de construire « un avenir juste et durable » à l’échelle locale, « ce film sème le doute plus qu’il ne nous aide à y voir clair (…). Et qui sème le doute récolte le complot ».

Cette vidéo est une brillante analyse de document : car un documentaire est d’abord et avant tout un type de document qu’il convient d’observer avec méthode et rigueur pour repérer les manipulations de l’auteur et démêler le vrai du faux.

Rappelons ici que le terme document vient du latin documentum qui signifie « modèle », « exemple » et qui dérive du verbe docere qui désigne l’action de montrer, de faire voir, d’instruire. De cette étymologie, on peut déduire que tout document vise à diffuser une ou plusieurs théories (une théorie étant entendue comme un ensemble de notions, d’idées et de concepts abstraits utilisés pour décrire et expliquer le monde).

La méthode qu’utilise le youtubeur Vincent Erzat est en tout point comparable à ce qu’il faut faire lors d’une critique de documents : il décompose le documentaire Hold-Up et identifie les procédés utilisés par les réalisateurs de ce film pour manipuler les spectateurs – le plus flagrant étant l’absence totale de sources; la mention critique la source est une chose élémentaire : pour mettre en oeuvre un raisonnement argumenté et appuyé par des preuves, il faut que ces preuves soient clairement identifiables et que l’on puisse les retrouver à partir d’une référence précise !

Sources

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