Le monde méditerranéen : empreintes antiques et médiévales

2nde – Histoire-Thème 1

L’Antiquité est une histoire difficile à étudier car les sources textuelles sont rares et il est parfois difficile, dans les récits antiques, de distinguer le mythe de l’histoire. En outre, l’Antiquité est une période qui a été idéalisée à l’époque moderne.

Chapitre 1 : La méditerranée antique

Ce chapitre invite à réfléchir aux héritages de l’Antiquité. Il a plusieurs objectifs :

  • Distinguer des temps, des figures et des constructions politiques ayant servi de référence dans les périodes ultérieures.
  • Comprendre comment Athènes associe démocratie et impérialisme maritime.
  • Comprendre comment Rome construit un empire immense, creuset des héritages culturels et religieux méditerranéens.

Définitions et bornes chronologiques du sujet

Il est essentiel de bien maîtriser les termes historiques et leur signification précise pour bien comprendre le sujet. Voici une liste de définitions non exhaustive :

  • Politique : terme issu du grec politeia qui désigne l’organisation de la cité (équivalent de la res publica des Romains); on distingue la politique (la gestion du pouvoir et l’administration de la cité) du politique au masculin (la tendance à vivre avec autrui, à s’associer entre humains).
  • Démocratie : forme de gouvernement dans laquelle le pouvoir appartient au peuple (le mot vient du grec demos : le peuple et kratos : le pouvoir). Les citoyens s’y réunissent en assemblées et gouvernent directement ou indirectement, par l’intermédiaire de représentants.
  • Empire / empire : un Empire est une forme de gouvernement où un homme, l’empereur concentre tous les pouvoirs entre ses mains / un empire est un ensemble de territoires réunis sous une même autorité.
  • République : forme de gouvernement où le pouvoir est exercé par des personnes élues.
  • Thalassocratie (du grec thalassa : la mer et kratos : le pouvoir) : puissance politique d’un Etat fondée sur la domination de la mer.
  • Impérialisme : politique d’une cité ou d’un Etat visant à s’étendre et à soumettre d’autres cités sous sa dépendance politique ou économique (du latin imperium : pouvoir civil et militaire sur un territoire).
  • Pouvoir : puissance qui résulte de l’exercice d’une charge publique donnant à une personne précise une certaine autorité sur les autres habitants d’un territoire donné.
  • Puissance : « capacité au sein de relation sociale asymétriques, d’exercer une emprise ou une influence sur des individus » (André Akoum et Pierre Ansar, Dictionnaire de Sociologie, 1999). Pouvoir ou force d’exercer de l’influence, d’imposer son autorité (réelle, effective ou symbolique).
  • Domination : pouvoir de contrôle, pouvoir de dominer, c’est-à-dire de contraindre d’influencer de manière déterminante (le terme vient du latin dominus qui signifie seigneur).
  • Cité (polis en grec) : petit Etat indépendant.
  • Colonie : territoire créé ou conquis par les membres d’une cité ou d’un Etat. L’Etat ou la cité d’origine d’une colonie s’appelle une métropole (du grec méter : mère et polis : cité; une métropole est une cité-mère).
  • Stratège(s) : équivalent du chef de l’Etat à Athènes, qui élisait 10 stratèges tous les ans. Ce sont des magistrats militaires chargés de gérer les affaires publiques, politiques et militaires de la cité. Le mot est passé dans le langage courant pour désigner une personne qui conçoit habilement des plans lui permettant de maîtriser entièrement une situation et d’en tirer le meilleur parti.

Le sujet commence au Vème siècle, qui est le siècle de l’apogée d’Athènes (on dit aussi que c’est le « siècle de Périclès », le grand stratège d’Athènes entre 460 et 430, nous verrons pourquoi). Cette cité grecque invente un modèle politique original et impose sa domination en Méditerranée grâce à une flotte puissante (c’est une cité thalassocratique).
Le sujet s’arrête peu avant la fin de l’empire romain, de sorte à aborder la civilisation gréco-romaine sur le temps long et d’analyser les héritages légués par celle-ci.

Problématique : de quels aspects des civilisations de la Méditerranée antique a hérité la culture européenne?

I. La méditerranée grecque

A. La Grèce des cités

La Grèce est une région du sud-est de l’Europe, divisée depuis le VIIIème siècle av. n. è. en petits Etats indépendants : les cités. Chaque cité est organisée selon un régime qui lui est propre (typologies des régimes politiques de la Grèce antique).

Entre le VIIIème et le VIème siècle av. n. è., les Grecs fondent des cités autour de la Méditerranée et y diffusent leur culture. Des colons quittent leur cité pour fonder des colonies : Corinthe est la métropole de Syracuse, colonie fondée en 733 av. n. è; la fondation de Marseille est le fait de colons venant de Phocée, aujourd’hui Foça en Turquie, et qui fuyaient les invasions perses). 

Les Grecs sont divisés mais partagent une même culture, dont l’Europe a hérité : ils ont le même alphabet, parlent la même langue, vénèrent les même dieux… Les sanctuaires panhelléniques sont un élément fondamental de l’identité grecque. Ils accueillent des jeux communs en l’honneur des dieux (ex : jeux d’Olympie dès 776, qui sont les ancêtres de nos JO, créés au XIXème siècle).

B. Athènes, cité impérialiste et démocratique

La cité d’Athènes désigne en fait Athènes et l’Attique, la région qui s’étend autour de la cité.

« Assassin’s Creed Odyssey : A Tour of Athens » : démonstration extraite du jeu vidéo d’Ubisoft, qui travaille avec des architectes-historiens pour constituer des décors très réalistes (les plans du jeu consacré à la Révolution française ont d’ailleurs été utilisés par les ouvriers du chantier de Notre-Dame de Paris – c’est pour dire! ). Toutefois, le jeu est marqué par la recherche du sensationnelle et du spectaculaire, et n’échappe pas au travers de beaucoup d’artistes : l’idéalisation de l’Antiquité.

1/ L’empire maritime athénien

Au début du Vème siècle, l’empire perse cherche à envahir la Grèce : ce sont les guerres médiques. Les Perses sont repoussés par les Athéniens à Marathon en 490 av. n. è. et à Salamine en 480 av. n. è.

Auréolée d’un immense prestige, la cité d’Athènes encourage la création d’une grande alliance militaire de défense contre la menace perse : la ligue de Délos, en 478 av. n. è. Athènes devient un hégémon (« commandant des chefs ») : elle domine la Méditerranée sans partage (elle est en position hégémonique).

Reconstitution d’une trière en action (source : Le livre scolaire 2019). C’est grâce à ses trières (des galères militaires de 170 rameurs répartis sur 3 rangs) qu’Athènes a remporté la bataille de Salamine contre le Perses en 480 av. n. è.

Chaque cité de la Ligue finance un « trésor », conservé sur l’île de Délos. Mais Athènes s’accapare ce trésor et envoie des soldats dans les cités alliés, où elle impose d’ailleurs sa monnaie.

Ainsi, la puissance thalassocratique d’Athènes lui a permis de triompher des Perses et de créer une alliance dont la cité se sert pour créer un empire maritime autour de la mer Egée.

2/ La démocratie athénienne

Au Vème siècle av. n. è., Athènes est une démocratie ; les Athéniens appelle leur régime l’isonomie : l’égalité de tous (les citoyens) devant la loi. Les citoyens sont égaux et participent au gouvernement de la cité.

  • Citoyen : un habitant qui a le droit de prendre part au gouvernement de son pays, en particulier par le droit de vote. Le citoyen a des droits mais aussi des devoirs.
  • Magistrat : dans l’Antiquité, un magistrat désignait un citoyen exerçant une fonction de commandement; il était soit élu, soit tiré au sort. Aujourd’hui, un magistrat désigne un professionnel de la justice.

A Athènes, à partir des réformes de Clisthène (vers 508 av. n. è.) les citoyens se réunissent en assemblées pour débattre des affaires publiques et des décisions à prendre; ils votent les lois et choisissent des représentants pour faire appliquer les lois (par élection ou tirage au sort).

Ainsi, les citoyens participent au(x) pouvoir(s) exécutif, judiciaire et législatif :

  • ils peuvent devenir magistrats s’ils sont tirés au sort (donc exercer le pouvoir exécutif),
  • être membres de l’Héliée (le tribunal de 6000 citoyens, donc participer au pouvoir judiciaire),
  • voter les lois en assemblée en participant à l’Ecclésia (et ainsi participer au pouvoir législatif)

Le pouvoir appartient donc aux citoyens… en théorie.

Mais tout le monde n’est pas citoyen : il y a de nombreuses conditions pour être citoyen, et de nombreuses personnes sont exclues de la communauté politique.

A Athènes, il y a environ 40 000 citoyens pour 340 000 habitants. Pour être citoyen il faut être libre, enfant d’Athéniens; avoir 18 ans et être inscrits sur les registres administratifs de la cité (le dème, le registre du village en premier lieu); avoir réalisé son service militaire (l’éphébie)

C. Périclès et la démocratie athénienne

Philipp von Foltz, L’Oraison funèbre de Périclès, 1852, huile sur toile. Le peintre représente ici une des scènes les plus célèbres de l’histoire de La guerre du Péloponnèse (II, 35-43) qui à contribuer mythifié Athènes. Le grand stratège prononce un discours en l’honneur des citoyens-soldats morts au combat.

Au Vème siècle avant notre ère, Athènes est la cité la plus puissante de Grèce. Périclès (494-429 av. n. è.), un membre de l’aristocratie athénienne, est élu 30 fois stratège à partir de 462. Dans les faits, c’est lui qui dirige la cité – à tel point qu’on parle de « siècle de Périclès » (V. Azoulay).

Attaché à la démocratie, Périclès fait transférer le trésor de la ligue de Délos à Athènes. Il embellit l’Acropole (les temples notamment) et crée le misthos : une indemnité pour les citoyens devenus magistrats, qui recevaient ainsi une somme d’argent pour assister aux assemblées et participer à la vie politique. Cette mesure vise à élargir la participation politique à un plus grand nombre (auparavant, seuls ceux qui pouvaient s’astreindre de travailler tous les jours participait vraiment à la vie politique).
En 451, il restreint le corps civique en faisant voter une loi sur la citoyenneté. Les historiens sont divisés sur l’interprétation à donner de cette mesure : certains y voient une mesure xénophobe qui visent à écarter les métèques des bénéfices de la prospérité d’Athènes, d’autres y voient une mesure visant à renforcer le sentiment d’appartenance civique et l’identité poliade athénienne.
Très populaire, il dirige dans les faits l’Empire athénien jusqu’à sa mort (pendant la guerre du Péloponnèse).

Ainsi, l’empire et la démocratie se renforce mutuellement à Athènes au Vème siècle. Les Athéniens utilisent les richesses de l’empire pour renforcer la démocratie (rénovations de la cité, utilisation du trésor comme un fonds public).
Les cités voisines voient l’évolution de la ligue de Délos d’un mauvais oeil et des tensions surgissent rapidement. Elles culminent lors de la guerre du Péloponnèse (431-404 av. n.è), qui oppose Athènes et Sparte ainsi que leurs alliés. Cette guerre, restée dans les annales grâce au récit qu’en a fait l’historien Thucydide, implique toute la méditerranée grecque et divise profondément le monde hellénique.

Athènes sort perdante de la guerre du Péloponnèse, dont l’issue marque la fin de son empire et l’affaiblissement de sa démocratie (tyrannie des Trente).

Athènes et, plus largement, la Grèce, a néanmoins marqué la Méditerranée de son empreinte, y diffusant sa culture ainsi que le concept de citoyenneté, qui ont grandement influencé une civilisation plus tardive : Rome.

II. La Méditerraée romaine

La civilisation romaine s’étend sur plus de dix siècles. On peut distinguer plusieurs périodes dans l’histoire romaine : la monarchie (753-509), la République (509-27), l’Empire (27-476). Cependant, il faut savoir que les Romains, à la différence des Grecs, ne pensaient pas en termes de régime politique : ils parlaient simplement de res publica, la chose publique (les affaires publiques), pour désigner l’activité politique – quelque soit la forme de gouvernement. Pour les Romains, l’époque républicaine représente le moment où la res publica a été libera, où il y a liberté (Claudia Moatti).

Au Ier siècle de notre ère, l’Empire romain s’étendait de la Grande-Bretagne du Nord-Ouest, à l’Egypte au Sud-Est. Cette carte compare cette immensité avec celle des Etats-Unis actuels. Les provinces de Grande-Bretagne et d’Egypte étaient presqu’aussi éloignées que les Etats Floride et de Washington. Toutefois, l’Empire romain avait l’avantage d’avoir la mer méditerranée au milieu, ce qui favoriser les mouvements de populations et de produits sur de longues distances.
Cette carte, créée par des chercheurs à l’université de Stanford, estime combien de temps il fallait à quelqu’un pour aller de Rome jusque dans divers lieux de l’empire (distance-temps). Il faut compter deux semaines pour aller de Rome à Alexandrie ou à Jérusalem. Mais le transport sur la terre ferme est plus compliqué. Se rendre jusqu’en Grande-Bretagne pouvait prendre un mois. Et aller d’un bout à l’autre encore plus ! Les chercheurs ont estimé que cela prenait 7 semaines pour voyager de Constantinople (à l’extrémité orientale de l’empire) à Londres (« far west »).

A. Naissance de l’Empire romain (Ier s. av. n. è).

En 500 av. n. è. Rome était une cité-Etat mineure de la péninsule italienne. Vers 200 av. n. è. la République romaine avait conquis l’Italie. Les deux siècles suivant, elle conquiert la Grèce, l’Espace, la côte Nord africaine, une grande partie du Moyen-Orient, la France actuelle, et même l’île que nous appelons Grande-Bretagne. En 27 av. n. è., la République devint un Empire, qui dura plus de 400 ans. Mais les coûts nécessaires au maintien d’un territoire si vaste étaient trop importats… L’empire se scinde progressivement en deux et en 476 l’Empire romain d’occident est détruit par des invasions de tribus germaniques.

1/ La crise de la République

Du Ve au Ier siècle av. n. è., Rome est une République : les citoyens détiennent le pouvoir (les hommes libres d’Italie). Dans les faits, les plus riches gouvernent (Rome est une oligarchie). Cf. devise.

Les institutions républicaines reposent sur trois piliers :

  • Le Sénat (le conseil des Anciens)
  • Les magistrats (administrent et proposent des lois au Sénat
  • Le peuple réuni en comices

A partir du IVème siècle, la cité est dirigée par la noblesse patricio-plébéienne (la nobilitas). A Rome, les nobles sont ceux qui ont un ancêtre qui a détenu un imperium (qui ont eu un pouvoir civil et militaire, c’est-à-dire qui ont été préteur ou consul).
Aux origines de la République, le pouvoir étaient monopolisé par les patriciens (du latin patres, père), les plus anciennes famille de Rome, qui prétendaient descendre des compagnons de Romulus, le roi fondateur de Rome. Les plébéiens sont les Romains issus de famille moins anciennes. Les historiens ont souvent vu la lutte entre les patriciens et les plébéiens comme une lutte des classes entre riches et pauvres; c’est une vision erronée, même s’il est vrai que la plèbe tend à désigner le bas peuple dans les sources de la fin de la République. La lutte entre patriciens et plébéiens est une lutte pour le pouvoir opposant des élites anciennes, solidement enracinées, et des élites nouvelles, ou en tout cas moins anciennes, qui revendiquent le droit de participer au pouvoir.

Après s’être soulevée plusieurs fois, la plèbe obtient en 367 avant notre ère le droit de participer aux magistratures, qui sont donc désormais ouvertes aussi bien aux patriciens qu’aux plébéiens. Les patriciens ont conservé une position dominante dans le domaine du sacré (plusieurs charges pontificales sont réservées au patriciat, comme le grand pontificat). Ceux qui arrivent à être consul en premier dans leur famille sont des hommes nouveaux. Ce sont des exceptions qui confirment la règle : les grandes familles parviennent à mobiliser des réseaux étendus qui leur permettent de contrôler la vie politique.

La République romaine est une oligarchie basée sur un système censitaire (système politique où le droit de vote est réservé à certains catégories de citoyens, ceux qui payent le cens, l’impôt).

A partir du IIIe siècle, Rome fait de nombreuses conquêtes en Méditerranée.

La fin de la République voit l’affirmation du pouvoir personnel de généraux qui, au fil des conquêtes, sont devenus l’incarnation de Rome aux yeux des populations conquises (les proconsuls créent des relations de clientèle). Au Ier siècle, Rome est fragilisée par de nombreuses guerres civiles.

Les généraux romains devaient promettre une récompense (des esclaves ou une terre) pour attirer des soldats sous leur bannière. Les généraux étaient responsables de s’assurer que les promesses étaient tenues, et les troupes avaient davantage le sentiment de la loyauté personnelle qu’ils devaient à leur général. Ils comprenaient moins la loyauté abstraite qu’ils devaient à la République (moins palpable certes). Au dernier siècle de la République il devient commun pour un général vainqueur de marcher sur Rome avec son armée pour s’assurer que ses troupes auraient bien les terres qui leur avaient été promises.

Avec la conquête de la Méditerranée grecque (destruction de Carthage en 146 av. n. è. création de la province d’Asie en 129 av. n. è.) Rome domine toute la Méditerranée. Il y a un paradoxe (apparent sans doute) : l’époque où la richesse de Rome fut la plus remarquable fut aussi celle où la discorde atteignit sont point le plus haut. Ce fut une « agonie dans l’opulence » (Yves Roman), grâce à l’usage du droit de conquête. J. France parle d' »empire prédateur » (2007).

Nos deux principales sources pour étudier la fin République sont Cicéron et Polybe.

  • Cicéron est un auteur qui prend part aux guerres civiles et aux conflits de son siècle ; dans ses écrits, il exprime une vision conservatrice caractéristique d’une partie de l’aristocratie sénatoriale du Ier siècle avant notre ère.
  • Polybe est un homme d’Etat grec, emmené comme otage à Rome suite à la défaite des Grecs face aux Romains. Il intègre la grande famille des Scipion, ce qui en fait un observateur privilégié de la vie politique romaine de l’époque. Dans ses Histoires il veut expliquer pourquoi Rome a triomphé de l’ensemble du monde connu (l’oekoumène), c’est-à-dire de la Méditerranée antique ? Réponse : grâce à la discipline et à l’organisation de son armée mais surtout grâce à la perfection de sa constitution, de son régime politique, qui présente une organisation mixte, un savant mélange de monarchie (pouvoirs des 2 consuls), d’oligarchie (autorité du Sénat), et de démocratie (élection et vote des lois par les citoyens réunis en comices, en assemblées).
Les conquêtes romaines résultent de profonds changements dans l’armée romaine. Précédemment, le service militaire était limité aux riches propriétaires, qui servaient dans l’armée quelques années avant de retourner à leurs champs. En 107 av. n. è. pour répondre à la demande en hommes de l’armée, le consul et général Marius ouvrit l’armée aux paysans sans terre et étendit la durée du service militaire. Au siècle suivant, l’armée romaine se professionnalise. Marius réorganise également les formations de combat : il utilise 10 formations plus larges qu’auparavant appelées cohortes. Combattre dans cette formation demandait de sérieuses compétences guerrières, mais le service militaire laissait amplement le temps aux soldats d’apprendre les manoeuvres nécessaires.

Au Ier siècle, la R2publique continue d’exister mais le jeu institutionnel est gravement perturbé car le Sénat et les magistrats sont de plus en plus impuissants et, surtout, sont contraints de légaliser des situations illégales : la force des armes devient supérieure à la loi.

Jules César, auréolé de ses nombreuses conquêtes et notamment de sa victoire en Gaule, s’accapare le pouvoir après avoir été nommé dictateur et meurt assassiné en 44 avant notre ère. A sa mort, une nouvelle guerre civile oppose son fils adoptif Octave, au général Marc Antoine (amant de Cléôpatre, laquelle a eu un enfant avec Jules César, Césarion).

Les conquêtes de César en Gaule (58-50 av. n. è.) : les mouvements de troupes sont représentés par des flèches roses et les batailles par des croix ; la ligne violette correspond au limes : la zone-frontière bordant l’empire. Les aplats de couleurs représentent les Gaules les endroits conquis où les Gaulois résistent en harcelant les Romains en orange, et en bleu/violet les zones mal contrôlées et où la domination romaine est moins assurée.
Le récit de César La Guerre des Gaules est un chef d’oeuvre littéraire et politique : César y construit sa propre légende (notamment en se construisant un adversaire de taille (Vercingétorix, décrit comme le chef de toute la Gaule) à la mesure de son ambition politique. Quand César franchit le Rubicon en 49 av. n. è., c’est-à-dire quand il revient de Gaule avec son armée et entre sur le territoire romain en armes (ce qui est strictement interdit), une nouvelle guerre civile se profile.
César est assassiné le 15 mars 44 av. n. è. Brutus, neveu et fils adoptif de César, aurait crié au moment de frapper « sic semper tyrannis« , « ainsi périssent les tyrans ». Mais la citation est probablement apocryphe. Les conjurés, qui s’imaginaient en défenseurs d’une République à l’agonie, n’avaient cependant pas de plan pour restaurer la République : et l’assassinat de César déboucha sur une nouvelle guerre civile.

Octave triomphe à Actium en 27 av. n. è. et met fin à la République. Il se présente officiellement comme le « restaurateur » de la République, mais il crée en réalité un régime d’inspiration monarchique (que les Romains appelèrent le Principat), tout en maintenant les apparences de la légalité républicaine.

2/ La fondation du principat par Octave-Auguste et la naissance de l’empire

En janvier 27 av. n. è., lors d’une séance au Sénat (qui a tout d’une mise en scène), Octave devient Auguste et fonde le principat.

Le système survit aux changements de dynasties et évolue avec le temps. Mais Auguste reste une référence constante, que ce soit pour les Flaviens (à partir de 70 de notre ère) ou pour les Antonins et les Sévères, au moins juqu’au milieu du IIIe siècle.

Reprenant l’exemple d’Auguste, les empereurs s’installent dans des palais et se coupent de la ville (la domus augusta : le palais impérial de Rome). Une bureaucratie est mise en place dans ces palais avec une étiquette de cour. L’empereur est de moins en moins accessible. Dion Cassius (fin du IIe s.) décrit le pouvoir comme une monarchie et contribue à faire accepter l’idée.

L’empire romain atteint son étendue maximale sous le règne de Trajan en 117. Pour aider l’administration, l’empire était divisé depuis longtemps en provinces. Le nombre de provinces évolue avec le temps, au gré des conquêtes. Il y en avait 46 sous Trajan et 96 sous Dioclétien (285-305). A l’époque de Trajan, les provinces de l’intérieur de l’empire étaient contrôlées par des gouverneurs choisis par le Sénat. En revanche, les provinces frontalières étaient dirigées par des gouverneurs nommés directement par l’empereur, par mesure de sécurité : les provinces frontalières avaient besoin de légions pour se défendre contre les invasions; en outre, il y avait toujours le risque de trahison : les empereurs
tentaient tant bien que mal de s’entourer de dirigeants loyaux, pour ne pas être renversés.

Qu’est-ce qui changent dans les institutions ?

  • Les fonctions des magistrats sont doublés par celles des fonctionnaires de l’empereur (les légats ou les préfets, qui représentent l’empereur localement).
  • Le Sénat est consulté mais pas nécessairement. Dans les sources, les bons empereurs sont ceux qui viennent volontiers au Sénat et qui sollicitent son avis.
  • Nous n’avons plus de témoignages de vote du peuple après l’empereur Nerva (fin du Ier s.).

On observe aussi des évolutions dans la manière dont l’empire est concédé au nouvel imperator. L’hérédité ne suffit pas : les organes traditionnelles de la République gardent un rôle incontournable pour faire un empereur (Sénat et comices).

Par ailleurs, l’empereur est acclamé par l’armée et par la garde prétorienne (corps militaire permanent à Rome, créé par Auguste). En fait, c’est l’armée qui fait l’empereur. Ainsi, Vespasien a fait ratifié son titre d’empereur par le Sénat et le peuple à Rome en 70, mais il régnait déjà depuis le 1er juillet 69, grâce à l’armée. Pour Tacite, auteur des Annales, son accession au pouvoir révèle le secret de l’empire : on peut devenir empereur en dehors de Rome, grâce à l’armée.
Les empereurs peuvent désormais faire une entrée dans Rome, entrée qui leur confère une pleine légitimité. Par exemple, Septime Sévère, est déclaré empereur par les troupes (il fait un coup d’Etat militaire), deux ans avant que son titre ne soit ratifié par le Sénat et les comices !

Les carrés rouge foncé représentent les légions romaines; les carrés rouge clair représentent les légions romaines supprimées à la fin du règne d’Auguste. Cette carte représente le déploiement des légions romaines à la mort d’Auguste. Les empereurs successifs prirent garde à répartir les légions le long de la frontière et s’assurèrent qu’aucun général ne commandent plus d’une fraction des troupes romains à aucun moment. Les empereur réduisirent également la dépendance des soldats vis-à-vis de leur généraux en leur payant des salaires, à partir du trésor impérial.

Rome finit par s’incarner dans la personne de l’empereur qui prend le pas sur la ville en elle-même, alors qu’il existait au début un lien fort, idéologique, entre l’empereur et sa cité.

Les empereurs voyagent beaucoup, si bien que le centre du pouvoir est mobile. L’empereur incarne la ville, incarne le pouvoir de Rome : il gouverne où qu’il soit, assisté par les membres de son conseil (et non pas par le Sénat).

A la fin du IIIe siècle et au IVème siècle, de nouvelles capitales émergent : Milan pour Dioclétien, Trèves aussi, Ravenne plus tard. Le Sénat en est réduit à envoyer des ambassades à l’empereur. On a parlé de décapitalisation de Rome. Ce processus aboutit à la fondation de Constantinople en 324, nouvelle capitale déclarée « nouvelle Rome ». Constantin passe seulement quatre fois à Rome, et pour de courtes périodes, pendant son long règne (310-337).

En 352, Constance II visite Rome pendant un mois. Le récit qu’en fait Amien Marcelin fait penser à une visite de musée. « Rome a finalement rejoint Athènes dans le panthéon des cités au passé prestigieux » (Stéphane Benoît).

B. Cultures gréco-romaines et christianisation de l’empire

1/ La citoyenneté romaine : un outil de romanisation

Dates-clés :

  • 48 Table claudienne : plaque de bronze portant l’inscription d’un discours prononcé par l’empereur Claude (r. 41-54) devant le Sénat, pour que les notables gaulois puissent intégrer le Sénat romain; les élites gauloises obtiennent la citoyenneté romaine. Claude s’est attiré l’hostilité du Sénat : le poète Sénèque, conseiller à la cour de Caligula (r. 37-41) puis exilé par Claude, écrit à propos de ce dernier : « il avait décidé de voir en toge tous les Grecs, les Gaulois, les Espagnols, les Bretons » (Apocolocynthose, 3).
  • 212 : édit de Caracalla, qui accorde la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’empire (pour augmenter la « majestas du peuple romain » dit le texte).

La diffusion de la citoyenneté romaine pose un problème : il est impossible d’offrir les mêmes avantages à tous (notamment les privilèges financiers – les citoyens étant exemptés d’impôt). A partir du IIème siècle, le droit pénal entérine une citoyenneté à deux vitesses et distingue deux catégories : les humiliores, les plus humbles, et les honestiores, les plus honorables, qui sont exemptés d’impôt (les citoyens ne payent pas de tribut, car c’est une marque de servitude; l’impôt est toujours un indice de soumission).
Les sociétés romaines sont marquées par de grandes inégalités. Comme à Athènes, et plus encore, de nombreuses personnes sont exclues de la vie publique : les femmes, les esclaves, les pérégrins (habitants d’une province romaine qui n’est pas citoyen romain).

Malgré tout, la société romaine n’est pas une société figée : l’ascension sociale est possible. Ainsi, des esclaves affranchis intègrent parfois la vie politique. Le poète Horace (65-8 av. n. è. ) est un fils d’affranchi qui intègre l’entourage d’Auguste et entre dans l’ordre équestre.

2/ La culture romaine : un syncrétisme gréco-romain

Il est paradoxal de parler de culture romaine. Les Romains ont longtemps étudié en Grèce, lieu de la culture par excellence. Il n’y a pas de culture romaine à proprement parler. Les échanges et les transferts donnent toujours lieu à des réinterprétations locales (on parle ainsi de culture gallo-romaine).

Les oeuvres des Romains sont l’expression latine d’une culture grecque à vocation universelle. Les Romains cultivés sont bilingues, ils parlent et écrivent en grec.

Rome est un centre culturel mais plutôt gréco romain. Comment l’aristocratie romaine s’est-elle emparée de l’art pictural grec? A partir du IIe s, alors que Rome s’étend en Méditerranée orientale, les Romains se prennent d’admiration pour la sculpture grecque; ils réalisent de nombreuses copies. L’art grec arrive aussi par le pillage : lor de la destruction de Corinthe en 146 av. n. è. : les merveilles et les statues sont pillées et ramenées à Rome. Enfin, les aristocrates romains et les empereurs font appel à des artistes et des philosophes grecs qui viennent réaliser des commandes.
Ainsi, l’empereur Néron fait appel à Zénodoros pour faire réaliser un colosse à son effigie. L’artiste grec s’était fait connaître en réalisant une statue monumentale de Mercure au sommet du Puy de Dôme, Dieu réinterprété par les Arvennes (population gauloise de la région).

Reconstitution du colosse de Néron (v. 64).

Mais les Romains améliorent l’héritage grec… Et assimilent l’architecture grecque en la réinterprétant. Ainsi, le bas relief sculpté romain approche la perfection et les Romains développent une tradition de portraits réalistes emblématique. Par ailleurs, les Romains construisent leurs théâtres à plat, et non adossés aux flancs d’une colline comme en Grèce. La construction de théâtre est tardive car l’élite y voit un lieu d’agitation potentiel pour le peuple.
On note toutefois des formes culturelles originales :

  • les amphithéâtres, où combattaient les gladiateurs, se sont développés à partir d’un rite funèbre ;
  • la pratique du bain est portée à un niveau inégalé : les bains deviennent monumentaux.
  • Les Romains ont surtout exporté un modèle d’urbanisme (capitole, forum, etc.)… Mais surtout en Occident (les villes d’Orient avaient déjà leur propre tradition urbaine).

Il y a des influences culturelles réciproques entre Grecs et Romains.

C. La christianisation de l’Empire (IIIème-IVème siècle)

1/ L’apparition du christianisme

Pourquoi les Romains, si tolérants envers les religions des peuples conquis (comme le montre l’intégration de divinités orientales au panthéon), ont-ils persécutés les chrétiens?

Le christianisme est un phénomène qui a d’abord touché la méditerranée orientale. Au début, il est resté embryonnaire dans la partie occidentale de l’empire, sauf à Rome, qui est une ville-monde cosmopolite. Suétone raconte l’expulsion de Rome, sous le règne de Claude (41-54), de population que l’auteur présente comme des « Juifs qui excitaient des troubles à l’instigation de Chrestius » (sans doute le Christ). Au Ier siècle, les chrétiens sont considérés comme une secte du judaïsme.

Les premières persécutions de chrétiens sont celles qui suivent l’incendie de Rome en 64, pendant le règne de Néron. C’est pendant ces persécutions que meurent les apôtres Pierres et Paul (Paul a demandé à être transféré à Rome : en tant que citoyen, il exigeait un procès romain).
Le terme « persécutions » doit être pris avec des pincettes. Les historiens ont longtemps été influencés par les sources chrétiennes. Aujourd’hui, l’étude des persécutions prend le soin de confronter les sources païennes et les sources chrétiennes.
Les persécutions de 64 sont brèves et touchent un nombre de personnes assez limité. Mais elles révèlent que les chrétiens étaient assez nombreux pour être pris comme boucs émissaires. En tout cas, à la fin du IIe siècle et au début du IIIe siècle, leur enracinement est bien attesté par les sources épigraphiques et archéologiques.

Pourquoi tolérer les juifs et pas les chrétiens ?

Car les chrétiens ont renié le culte juif, légitime en ce qu’il est la religion ancestrale ; pour les Romains, les chrétiens sont dans une situation illicite. Les Romains sont persuadés qu’un peuple doit avoir sa propre religion: pour eux, le culte est fondé sur un peuple et un pays. Ils méprisent ces gens qui ont abandonné le culte de leurs ancêtres et qui ne respectent pas le culte impérial (les chrétiens bien entendu). Ils pensent que les chrétiens provoquent la colère des dieux. Il y a aussi une grande méfiance des romains vis-a-vis de la nouveauté. Et, enfin, les élites romaines voient dans les églises des menaces potentielles pour l’ordre public.

Voilà trois raisons (religieuse, culturelle et politique) qui expliquent les mouvement de foule contre les chrétiens lors des épidémies ou des crises.

Toutefois, certains chrétiens s’intègrent parfaitement. Certes, beaucoup sont des rigoristes, qui mènent une vie philosophique de pauvreté, une vie de renoncement (à la vie publique notamment), centrée sur l’ascèse. Mais beaucoup montre que le christianisme est compatible avec la vie sociale et politique. Cela contribue à diffuser le christianisme dans les couches supérieures de la société.

Les persécutions du IIIe siècle sont connues sous le nom de « grandes persécutions » : dans l’empire de la citoyenneté universelle (édit de Caracalla, 212), tous les Romains doivent sacrifier aux dieux du panthéon romain. Les persécutions touchent ceux qui refusent le culte civique.

On peut distinguer 3 moments :

  • en 249, l’empereur Trajan exige un sacrifice odieux par édit pour réaffirmer l’unité de l’empire et son autorité. L’édit exige une manifestation de loyalisme envers l’empire. Beaucoup de chrétiens ont sacrifié et respecté l’édit. Une minorité refuse et est condamnée à mort (comme l’évêque de Rome Fabien). L’édit divise les premières communautés chrétiennes : ceux qui avaient sacrifié (sacrilèges, relaps donc ! ) étaient parfois mis au ban, mis à l’écart du groupe.
  • 257-259 : Valérien et Gallien lancent une persécution contre les cadres des églises. En 260, après la mort de Valérien, Gallien met fin aux persécutions ; il restitue les biens des églises et autorise le culte informel. Les chrétiens développent une certaine confiance envers l’empereur.
  • En 304, Dioclétien impose à tous et universellement des sacrifices et des libations à ce que les sources chrétiennes nomment des « idoles » . Il faut souligner les différences régionales : l’occident est sous l’autorité de Constance (père de Constantin), et les chrétiens n’y sont pas inquiétés, contrairement à ceux d’Orient jusqu’à la mort de Galère en 315, qui met un terme aux persécutions.

Après ça, c’est la tolérance tend à être privilégiée. L’empereur règle les différends entre chrétiens. Constantin a observé une politique conforme à la religion traditionnelle des Romains jusqu’à une date avancée (312 au moins) : certaines monnaies qu’il fait circuler représentent son père Constance dans son apothéose; d’autres représentent les dieux Hercule ou Mars.

Selon la légende diffusée par les sources chrétiennes, lors de la bataille qui l’oppose à Maxence en 312, Constantin choisit de placer ses troupes au point milvius sous le dieu des chrétiens : il se convertit et gagne la bataille.

2/ La conversion de l’empire

A partir de 293, l’Empire est divisé. Sous la pression des incursions de peuples « barbares » aux frontières, une Tétrarchie est en mise place (tetrakhia : « quatre gouvernements »).

Fin IIème-début IIIème siècle, après une période d’instabilité, l’empire romain est divisé en quatre empereurs. Au IIIème siècle, l’Empire, connaît une crise militaire et politique qui aboutit au partage du pouvoir entre plusieurs empereurs.

Mais le partage du pouvoir impérial est bref : en 306, Constantin parvient à triompher de ses rivaux et récupère la couronne impériale.

Constantin arrive est proclamé empereur par ses troupe en 306. Il mène de nombreuses réformes pour réunir sous son autorité un empire affaibli et divisé. Il réforme l’administration et renforce la défense des frontières, menacées par des peuples nomades.

Surtout, il met fin aux persécutions des chrétiens avec l’édit de Milan (313), qui instaure la liberté de culte. L’édit de Milan est en fait une lettre adressée à Maximin, l’empereur de la partie orientale de l’empire, qui demande la fin des persécutions à l’est. A Rome, l’empereur fait des dons de terrains aux églises. La caserne de la garde impériale de Maxence est dissoute pour laisser place à la première basilique chrétienne à l’intérieur de la ville : Saint-Jean de Latran. L’empereur donne aussi une zone des jardins impériaux du Vatican, désaffectée (zone de nécropole), qui est dédiée à l’édification d’une basilique en l’honneur de l’apôtre Pierre.

Constantin convoque le premier concile oecuménique de l’histoire avec le concile de Nicée en 325, qui visait à résoudre les problèmes divisant l’Eglise (il condamne notamment l’arianisme, une doctrine développée par Arius, un prêtre d’Alexandrie qui proclamait que Jésus n’était pas seulement fils de Dieu mais fils et aussi Dieu – « Dieu le fils » en somme; après le concile, l’arianisme est indexé comme une hérésie).
Constantin est toutefois resté prudent en matière de religion : le Sénat romain était très hostile à la religion chrétienne. A partir de 312 apparaissent des formules justifiant les choix de Constant par l’inspiration divine : le pouvoir impérial déploie un monothéisme philosophique qui peut être plus consensuel aux yeux du Sénat que de se déclarer ouvertement chrétien.
Enfin, Constantin fonde en 330 une capitale à son nom : Constantinople (aujourd’hui Istanbul). La dédicace de Constantinople mêle des rites romains et des célébrations chrétiennes. L’empereur reste garant du bon fonctionnement des institutions religieuses impériales et des vieilles traditions romaines.

En 380, l’édit de Théodose définit la seule forme légale du culte chrétien : celle pratiquée à Rome et à Alexandrie, comme l’avait confirmé le concile de Nicée en 325 ; date du début du christianisme comme religion officielle de l’empire.

A partir de 388, Théodose est à Milan, qu’il élève au rang de capitale. Il est influencé par l’évêque Ambroise (futur Saint Ambroise), qui l’encourage à mener une politique rigoureuse contre les pratiques non-chrétiennes, et s’attire l’hostilité du Sénat. La ville avait eu une communauté chrétienne précoce. C’était le siège d’un évêché prestigieux hérité de l’apôtre Pierre, mais les aristocrates et les sénateurs restaient attachés à la religion civique traditionnelle. Les empereurs chrétiens ont des relations difficiles avec les élites sénatoriales. En 389, des sénateurs se déplacent en ambassade à Milan pour demander à Théodose de rétablir les subventions pour les cultes publics, rétablir l’autel de la Victoire (qui était située dans le vestibule de la Curie – l’assemblée du culte à Rome – et qui avait été supprimée par Gratien). Théodose refuse. En 394, le Sénat envoie une nouvelle délégation : on a la trace d’un discours pour convaincre les sénateurs non chrétiens de renoncer à leur erreur.

La prégnance d’une opinion sénatoriale païenne est peut être un élément d’explication pour comprendre que l’Eglise romaine, à la renommée si prestigieuse, aie si peu de pouvoirs effectifs. Le pape n’a à l’époque qu’un titre honorifique, partagé avec l’évêque d’Alexandrie. Il partage avec ce dernier la conviction de leur légitimité à exercer une autorité disciplinaire; tout le monde est persuadé de sa propre orthodoxie.

Carte représentant l’expansion du christianisme dans l’empire, puis au Moyen-Âge. On observe que les « aires chrétiennes » les plus précoces, en bleu foncé, forment des poches : la conversion s’opère surtout dans les villes au début (et plus particulièrement dans les ports) : ce sont des noeuds de communication et des lieux d’échanges par excellence.

3/ La fin de l’Empire romain d’occident (476)

Les peuples barbares s’installent dans le territoire. L’empire est divisé en 395 par l’empereur Théodose Ier. Rmome est mise à sac, pillée en 410. C’est le début d’une lente agonie. Le 4 septembre 476, un chef barbare, Odoacre, dépose l’empereur romain d’Occident, un enfantde quartorze ans dénommé Romulus Augustule.

Au Vème siècle, l’Empire romain est confronté aux « invasions barbares » : des vagues de migrations de peuples germaniques (les Francs, les Wisigoths, etc.) qui fuient les Huns et pénètrent dans l’Empire pour y échapper. Ces peuples se livrent régulièrement à des pillages (sac de Rome en 410) et s’installent définitivement dans diverses régions de l’Empire d’Occident, où ils fondent des royaumes.

L’Empire romain d’occident disparaît en 476. Toutefois, celui d’Orient, lui survit. On parle alors d’Empire byzantin (car la capitale, Constantinople, a été bâtie à la place de l’antique Byzance), qui dure quant à lui jusqu’en 1453 (date de la prise de Constantinople par les Ottomans).

Byzantine Empire

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Conclusion

Comment les contacts noués tout autour de la Méditerranées ont-ils permis de construire une culture antique commune?

La méditerranée antique a profondément marquée l’histoire de l’humanité : grecque de culture et romaine d’administration, la Méditerranée nous a transmis des modèles durables pour penser le monde et agir en société (philosophie, mathématiques, architecture, urbanisme, pensée politique, théâtre, mythes, etc.). L’Antiquité a aussi laissé ses traces dans le paysage : elle nous a légué un patrimoine à préserver (architecture, sculptures, archéologie, littérature…).

La démocratie athénienne, la res publica romaine et l’Empire constitue trois sources d’inspiration pour la postérité : au cours des siècles, ces expériences historiques ont été érigées en modèles dont se sont inspirés les hommes des périodes ultérieures pour constituer ou justifier de nouvelles formes de gouvernement.

La première Eglise chrétienne s’est ainsi inspirée de l’Ecclesia athénienne pour penser la communauté chrétienne – la communauté ecclésiastique. Au X ème siècle, le modèle de la théocratie impériale développé par la papauté (césaropapisme) s’appuie sur le passé et sur l’histoire de l’Empire romain pour justifier le pouvoir de l’Eglise catholique. L’Eglise chrétienne se divise lors du schisme de 1054 : les évêques, le patriarche de Constantinople en tête, refusent la hiérarchie imposée par l’évêque de Rome, le pape, qui se voit en chef de la chrétienté et qui remet en cause l’égalité des évêques telle qu’elle avait été institué aux origines du christianisme. 

Au VIIème siècle, les modèles de la Méditerranée antique sont réactivés par l’Islam: le Prophète Mohammed (m. 632) fonde un nouveau monothéisme qui s’inscrit dans la lignée du judaïsme et du christianisme en même temps qu’il fonde un Empire qui s’appuie en partie sur le modèle de l’empire romain byzantin ; les pouvoirs des califes (les successeurs de Mohammed) s’appuie sur le modèle de la théocratie impériale et les premiers monuments de la civilisation islamique (la coupole du rocher à Jérusalem et la grande mosquée de Damas) sont en partie inspirées de l’esthétique byzantine.

La Méditerranée est un espace de confrontations, de contacts et d’échanges intense ; sous domination grecque jusqu’au IIIe siècle, elle passe sous l’hégémonie de Rome jusqu’au Vème siècle de notre ère. Cette espace interconnecté est un creuset de peuples et de cultures qui fonde une civilisation, c’est-à-dire une construction culturelle. Celle-ci est impossible à figer : elle évolue avec le temps et en fonction de représentations historiques qui sont toujours déterminées par un certain contexte historique.